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Vendredi 27 novembre 2020

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Mémo sur la dissertation de philosophie

MEMORANDUM CONCERNANT LA DISSERTATION DE PHILOSOPHIE

1) Dans l’examen du sujet, il faut penser à formuler une alternative (une autre possibilité – voire une contre-proposition) afin de préciser la nature du sujet.

Exemples :
- « Peut-on douter de tout ? » OU BIEN … existe-t-il des vérités indubitables ? OU BIEN … faut-il se résigner à admettre des vérités incertaines ?
- « Est-ce à la justice de dire où est le mal ? » OU BIEN … est-ce une prérogative de la réflexion morale ?

2) Il est essentiel de formuler une problématique claire
pour préciser non seulement l’enjeu de la question, mais aussi pour définir le but que l’on cherche à atteindre. Il faut que la thèse que vous allez soutenir soit claire, pour vous, dès le début. C’est en fonction de cette thèse que vous examinerez l’opinion commune et que vous construirez la dynamique de votre plan.

Exemple : -« Peut-on douter de tout ? »

Il va de soi que si l’on peut, légitimement, douter de tout, il n’y a plus aucune vérité qui pourrait être admise. Le scepticisme poussé à bout se discrédite lui-même. Cela ne signifie pas qu’il faille rejeter le doute. Celui-ci est nécessaire, ne serait-ce que pour sortir de la crédulité. Celui qui ne doute de rien est passablement obtus. Ainsi, on soutiendra la thèse selon laquelle le doute est nécessaire, mais il ne faut jamais que le doute ne soit autre chose qu’un moyen de renforcer notre adhésion à la vérité. Par essence, le doute est méthodique. Il exclut de ce fait tout relativisme. Une fois que votre thèse est posée, il devient assez facile d’envisager l’opinion commune. On fera d’elle le chantre du relativisme (toutes les vérités se valent), ce qui nous permettra de montrer, dès la première partie du devoir, qu’il ne faut pas confondre une vérité et une opinion.

3) Annoncez votre plan.

Une introduction s’achève toujours par l’annonce de votre plan. C’est un exercice qui doit trouver un juste milieu entre deux erreurs courantes.
- La première consiste à produire un simple énoncé formel. Par exemple : « Nous étudierons l’opinion commune. Ensuite, nous formulerons des réserves. Enfin, nous développerons notre thèse. » Là, rien n’est dit. On ne sait pas quel sera votre fil conducteur. C’est un peu comme si vous disiez que votre méthode, pour apprendre à nager, consiste à apprendre à flotter !
- L’autre défaut consiste à tout dévoiler, à faire état de vos conclusions. C’est évidemment maladroit, car il faut que votre lecteur puisse vous accompagner dans votre réflexion et mesurer la pertinence de votre réflexion en découvrant vos conclusions en temps voulus.

Bref, il faut que vous énonciez les prémisses de votre plan, sans pour autant en dévoiler la solution.

4) Définissez les termes du sujet.

Il ne s’agit pas de donner des définitions exhaustives de tous les sens du mot dans la première partie (comme on le voit trop souvent). Ce serait une erreur. En effet, la définition d’une notion est censée évoluer. On ne peut pas imaginer que la définition que vous donnez au début de l’opinion commune, soit la même définition que celle qui va apparaître à la fin, dans votre thèse.

Par exemple, prenons le sujet : « Peut-on à la fois obéir et être libre ? ».

Le mot « obéir » signifie généralement « se soumettre », mais il y a d’autres formes d’obéissances (l’obéissance par intérêt ou par gain) et on peut aussi s’obéir à soi-même (acquérir une discipline de vie).
Idem pour la liberté, qui signifie, pour l’opinion commune, « faire ce que l’on veut » ; mais on peut aussi envisager la liberté dans une optique de respect des autres (la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres) ou bien envisager la forme suprême de la liberté qui est l’autonomie.

Si nous conjuguons ces différentes définitions, nous pourrions obtenir le plan suivant :

a) L’opinion commune refuse de penser la liberté dans le rapport à l’obéissance, car ces deux termes sont contraires.
b) Il faut se méfier de ce radicalisme qui consiste à penser que la liberté doit s’affranchir des droits et des devoirs. Penser concrètement la liberté c’est admettre de la limiter, si nous ne voulons pas vivre dans le chaos de la loi du plus fort.
c) On peut obéir et être libre lorsque nous devenons notre propre maître, ce qui est la définition de l’autonomie.

On voit clairement qu’à chaque moment, il convient de redéfinir les termes du sujet pour en clarifier les enjeux.

5) L’opinion commune n’est pas nécessairement le reflet des ragots colportés sur la place publique.

Certes, l’opinion commune est censée être le degré zéro de la pensée, mais ce n’est pas le degré zéro de la pensée dans l’absolu. En effet, l’opinion commune énonce certaines vérités, même si celles-ci sont rarement universelles. Pour développer votre thèse personnelle, il faut montrer que celle-ci ne vient pas de nulle part. Elle se construit à partir de quelque chose, à partir d’un matériau informel auquel vous vous proposez de donner un contenu. Elle est, étymologiquement, « paradoxale » (para = contre ; doxa = opinion commune). Ainsi, on peut très bien imaginer que l’opinion commune pourrait être appuyée par les thèses d’un philosophe célèbre. Bien sûr, il ne la pose pas comme telle, puisqu’il l’argumente.

Exemple : « Le travail est-il une valeur morale ? »

Imaginons la thèse suivante : le travail n’est pas une valeur morale, car il est toujours le moyen d’asservir un individu. Soit en l’exploitant, soit en le soumettant à une hiérarchie sociale qui le domine et l’empêche d’être libre.
Pour développer cette thèse, il va falloir montrer ce que supposerait l’acceptation du principe d’un travail qui serait une valeur morale par soi. Ou bien montrer que, parce que la paresse serait le pire des vices, le travail serait hypothétiquement toujours salutaire. Pour défendre ce qui deviendra, à ce moment, une « opinion commune », on pourra se servir de Kant (Qu’est-ce que les Lumières ?) : « La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les a affranchis depuis longtemps de toute direction étrangère, reste cependant volontiers, leur vie durant, mineurs, et qu’il soit facile à d’autres de se poser en tuteur des premiers. Il est si aisé d’être mineur ! »

Dans le cas inverse, si l’on veut défendre la thèse que le travail est une valeur morale, il faudra d’abord chercher à montrer que la négation du travail conduit à une impasse existentielle qui ne génère que de l’aliénation. Pour analyser les tenants d’une opinion commune qui refuserait la « valeur travail » on peut se servir de Nietzsche (Aurore) : « Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours sur la « bénédiction du travail », je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd'hui, à la vue du travail — on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir —, qu'un tel travail constitue la meilleure des polices, qu'il tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance. »

On voit aisément que ces deux opinions communes trouvent des cautions de taille : Nietzsche et Kant, dont on peut douter qu’ils soient simplement les interprètes du zéro absolu de la pensée. On voit clairement que l’opinion commune est souvent construite artificiellement par le philosophe.

6) Concevez un plan dynamique.

Le développement ne doit pas être un exercice laborieux, qui laisse croire que vous faites des efforts surhumains pour ne pas vous endormir en rédigeant. Il faut que votre lecteur se rende compte qu’il y a une pensée à l’œuvre et qu’elle vous tient à cœur. Argumentez, cherchez à convaincre. Votre thèse vous appartient, il faut la défendre.


7) Faites un effort de style.

- Éviter de noyer votre lecteur dans des exemples interminables pris dans la vie courante ou issus de votre expérience de candidat au baccalauréat (du style : « Prenons l’exemple d’un élève qui devrait rédiger une dissertation de philosophie… »).
- Ne vous adressez jamais directement au correcteur.
- Évitez les traits d’humours ou les sarcasmes qui supposent un second degré de lecture. Le correcteur ne vous connaît pas, il ne peut pas savoir si vous plaisantez ou non.
- Évitez les grandiloquences narcissiques : « Je pense que… », « Pour moi… », etc. Faites preuve d’un peu d’humilité, même s’il est vrai qu’il est très conseillé de penser pour soi. Bref, cachez ce « je » que nous ne saurions voir…
- Évitez les slogans politiques et les raccourcis journalistiques.

8) Ne pas hésiter à citer un philosophe.

Ce qui est mal vu, c’est l’argument d’autorité. Celui-ci consiste à considérer qu’une thèse est vraie parce qu’elle a été avancée par un philosophe célèbre. On a vu, plus haut, que Nietzsche et Kant peuvent s’opposer radicalement sur un sujet. Ainsi, ce que dit l’un peut être défait par une phrase de l’autre et vice-versa. On se rend vite compte que la prétendue autorité de votre argument trouverait aisément ses limites.
En revanche, le fait d’appuyer une thèse par une citation ou une référence permet de montrer que vous êtes conscient que votre question a déjà été pensée et que vous vous inscrivez dans un contexte culturel assumé. Cela dit, il est indispensable de commenter les citations que vous faites.

9) Ne pas produire une conclusion relativiste.

On lit trop souvent des conclusions dans lesquelles le candidat laisse entendre qu’il aurait été possible de soutenir la thèse contraire à celle qu’il a énoncée. Cela, soit par excès de tolérance (« Chacun a le droit de penser ce qu’il veut… »), soit par excès de modestie (« Je ne suis pas dépositaire de la vérité universelle… »). Ces intentions sont louables, mais le résultat est catastrophique. En effet, on pourrait vous demander pourquoi avoir fait tant d’efforts pour choisir une problématique, pour construire une argumentation, pour défendre une idée spécifique… si celle-ci n’est pas, à vos yeux, supérieure à ce que pourrait penser tout un chacun.

Votre thèse est une thèse. À vos yeux, ce doit même être LA (seule) thèse.
































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Dernière modification le : 21/09/2016 @ 21:33
Catégorie : Aucune

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