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Vendredi 27 novembre 2020

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Vie de Pythagore

DIOGÈNE LAËRCE (IIIe siècle de notre ère)
Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres


Biographie de Pythagore (environ -580 / -497)


" Puisque j’ai fini l’exposé de la philosophie ionique, issue de Thalès, et l’étude des hommes célèbres de cette secte, venons-en à la secte italique [1] , dont le fondateur fut Pythagore, fils de Mnésarque, ciseleur de bagues (cf. Hermippe), originaire de Samos, ou, selon Aristoxène, tyrrhénien d’une des îles que les Athéniens eurent en leur possession après l’expulsion des habitants [2] . D’autres disent qu’il était fils de Marmacos, habitant de Samos, ce qui explique que l’on ait fait un Samien de Pythagore. Ce Marmacos était fils d’Hippase, fils lui-même d’Euthyphron, fils de Cléonime, exilé à Phlionte [3] . Venu ensuite à Lesbos, il eut l’appui de son oncle maternel Phérécyde. Ayant acheté trois coupes d’argent, il les envoya en présent à des prêtres égyptiens [4] . Il eut des frères : l’aîné s’appelait Eunome, et le cadet Tyrrhénos. Son esclave s’appelait Zamolxis, et les Gètes lui offraient des sacrifices, le croyant Cronos (cf. Hérodote [5] ).

Il fut d’abord, je le répète, disciple de Phérécyde de Scyros et après la mort de celui-ci il vint à Samos, et fut disciple d’Hermodamas, neveu de Créophyle, qui était déjà vieux. Comme il était jeune et studieux, il quitta sa patrie et fut initié à tous les mystères grecs et barbares. Il gagna donc l’Égypte, quand Polycrate l’eut recommandé par lettre à Amasis, et il apprit la langue du pays (cf. Antiphon, de ceux qui furent très vertueux). Il alla aussi chez les Chaldéens et les mages. Étant en Crète, il descendit avec Épiménide dans l’antre de l’Ida [6] . Tout comme en Égypte il était allé dans les sanctuaires, il y apprit les secrets concernant les dieux [7] . Après quoi il vint à Samos, mais trouvant sa patrie opprimée par la tyrannie de Polycrate [8] , il s’en alla à Crotone en Italie. Là, il donna des lois aux Italiotes, eut des disciples et devint célèbre. Ses élèves, au nombre de trois cents, administrèrent à merveille la cité, en sorte que leur gouvernement parut bien être la véritable aristocratie [9] .

Héraclide du Pont dit que Pythagore racontait ainsi son histoire : il avait d’abord été Aethalide, fils d’Hermès, et Hermès lui avait annoncé qu’il pouvait demander tout ce qu’il désirait, sauf l’immortalité. Il avait donc demandé que, vivant ou mort, il eût le souvenir de tout ce qui lui arriverait. Et ainsi, pendant sa vie, il n’oublia rien, et après sa mort il conserva intacte sa mémoire. Peu de temps après, il fut Euphorbe et fut blessé par Ménélas [10] Et Euphorbe a dit qu’il avait été autrefois Aethalide et qu’il avait reçu en présent d’Hermès le circuit de son âme dans des métempsychoses végétales et animales, et il raconta tout ce que son âme avait subi dans l’Hadès, et ce qu’y subissaient encore les autres âmes. Quand Euphorbe fut mort, son âme émigra dans le corps d’Hermotime, lequel, voulant prouver la chose, vint trouver les Branchides [11] , et entrant dans le temple d’Apollon, montra le bouclier que Ménélas avait consacré (car il avait juré qu’à son retour de Troie, il consacrerait le bouclier à Apollon), bouclier qui était déjà pourri, et où ne restait intact que le revêtement d’ivoire. Après la mort d’Hermotime, il fut Pyrrhos, pêcheur délien, et il continuait à se souvenir de tout et comment il avait été d’abord Aethalide, puis Euphorbe, puis Hermotime, puis Pyrrhos, et quand Pyrrhos fut mort, il fut Pythagore, et se rappelait tout ce que je viens de dire [12] .

Certains prétendent que Pythagore n’a pas laissé d’ouvrage écrit. Ils se trompent, car Héraclite le physicien le dit très catégoriquement : « Pythagore, fils de Mnésarque, s’est adonné à l’histoire plus qu’aucun autre homme, et ayant fait son choix, il a exposé en ses écrits sa propre sagesse, faite de lourde érudition et d’artifices. » Et il a parlé ainsi parce qu’au début de son traité de la physique, Pythagore a écrit : « Non, par l’air que je respire, non, par l’eau que je bois, je n’infligerai pas un blâme au sujet de ce discours. » Ces écrits de Pythagore sont au nombre de trois, un Traité de l’éducation, un Traité politique, un Traité de physique [13] .. Quant à l’ouvrage intitulé A Pythagore, il est de Lysis, Pythagoricien de Tarente, exilé à Thèbes, et précepteur d’Epaminondas.

D’autre part Héraclide, fils de Sérapion, dans son Abrégé de Sotion, dit qu’il écrivit en outre un Traité de l’univers, puis un Discours sacré, dont voici le début :

O jeunes gens, honorez tout cela d’une âme tranquille

et encore un Traité de l’âme, un Traité de la piété ; un Hélothalès, qui était le père d’Épicharme de Cos, un Croton, et d’autres ouvrages. Le Discours mystique passe pour être d’Hippasos, et avoir été écrit pour calomnier Pythagore. Beaucoup d’écrits d’Aston le Crotoniate ont été attribués à Pythagore. Aristoxène dit par ailleurs que Pythagore apprit la plupart de ses théories morales de Thémistocléa, prêtresse de Delphes. Ion de Chios, dans son livre des Triagmes, dit qu’il attribua à Orphée quelques poèmes qu’il avait composés. On lui attribue encore les Scopides, ouvrage dont voici le début : « Ne fais de mal à personne. »

Sosicrate raconte dans ses Successions que Léon, tyran de Phlionte, lui demanda qui il était : « Un philosophe », répondit-il [14] . Il comparait la vie aux grands jeux. Dans la foule qui y assiste il y a trois groupes distincts : les uns viennent pour lutter, les autres pour faire du commerce, et les autres, qui sont les sages, se contentent de regarder. De même, dans la vie, les uns sont nés pour être esclaves de la gloire, ou de l’appât du gain, les autres, qui sont les sages, ne visent que la vérité. Sur ce sujet, voilà donc ce que l’on sait.

D’autre part, dans les trois ouvrages de Pythagore cités plus haut, voici ce que l’on trouve : il défend que l’on demande pour soi-même, parce que chacun ignore ce qui lui est vraiment utile. Il appelle d’un mot l’ivresse un dommage et critique tout excès, disant qu’on ne doit pas plus trop travailler que trop manger. Voici en quels termes il parle des plaisirs de l’amour : « Il faut s’y adonner en hiver et non pas en été, et très modérément au printemps et en automne, c’est d’ailleurs en toute saison pénible et mauvais pour la santé. » Mieux encore, comme on lui demandait une fois à quel temps il fallait faire l’amour, il répondit : « Quand on veut s’affaiblir. » Voici comment il divisait la vie humaine : on est enfant pendant vingt ans, adolescent pendant vingt ans, jeune homme pendant vingt ans et vieillard pendant vingt ans. Les différents âges correspondent aux saisons : l’enfance, c’est le printemps ; l’adolescence, c’est l’été ; la jeunesse, c’est l’automne ; la vieillesse, c’est l’hiver. Mais il faut dire que par adolescence, il entend la puberté, et par jeunesse la maturité.

Il est aussi le premier, selon Timée, à avoir dit qu’entre amis, tout était commun, et que l’amitié était une égalité. Aussi ses disciples mirent-ils en commun tous leurs biens. Pendant cinq ans, les disciples devaient se tenir tranquilles et se borner à écouter, ils ne voyaient pas Pythagore, tant qu’ils n’avaient pas fait leurs preuves. Après cela, ils avaient accès dans la maison du maître, et pouvaient le voir [15] .

(Ils ne voulaient pas de cercueil en bois de cyprès, alléguant que le sceptre de Zeus en était fait (cf. Hermippe, de Pyth. liv. Il [16] .)

Pythagore était, dit-on, d’une extrême beauté, et ses disciples le faisaient passer pour Apollon descendu des régions hyperboréennes [17] . La légende dit aussi qu’on lui a vu un jour une cuisse découverte, et qu’elle était d’or. Et l’on répète souvent que le fleuve Nessos [18] le salua au passage un jour où il le traversait. Timée, au dixième livre de ses Histoires, écrit que selon Pythagore, les femmes portaient à leurs différents âges des noms de déesse, s’appelaient : Vierge, Épouse, Mère [19] . C’est encore lui qui acheva la géométrie, Moeris ayant trouvé d’abord les principes (cf. Anticlide, Alexandre, livre XXV). Il s’intéressa fort aussi à l’arithmétique et trouva le principe du monocorde [20] . Il ne négligea pas non plus la médecine. Apollodore le logisticien dit qu’il sacrifia une hécatombe [21] parce qu’il avait trouvé que dans un triangle rectangle le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des autres côtés. A ce propos, on cite cette épigramme :

Pythagore vint à bout de la tâche illustre : il trouva le dessin,

Pour lequel il fit un glorieux sacrifice de boeufs.

La tradition veut qu’il ait le premier conseillé aux athlètes un régime carné, et qu’il ait d’abord donné ce conseil à Eurymène (cf. Phavorinos, Commentaires, livre III). Avant lui, ils ne se nourrissaient que de figues sèches, de fromage mou et de froment (cf. Phavorinos, Mélanges historiques, livre VIII). D’autres auteurs disent que c’est un autre Pythagore, maître de gymnastique, et non le philosophe, qui donnait ce conseil. Car le philosophe défendait le meurtre et interdisait même de goûter à la chair des animaux, qui avaient une âme, tout comme les hommes. Mais ce n’était là qu’un prétexte [22] . En réalité, il défendait de manger la chair des animaux pour exercer et accoutumer les hommes à une vie simple et aisée, de façon qu’ils aient toujours leur nourriture à portée de la main, sans avoir besoin de la faire cuire, et à ne boire que de l’eau, car ce régime entretient la santé du corps et l’agilité de l’esprit. On sait par ailleurs qu’il ne faisait ses dévotions à Délos qu’à un seul autel, celui d’Apollon Générateur, qui est derrière celui de la Corne, parce qu’on n’y consacrait que du blé, de l’orge et des galettes, sans y allumer de feu, et qu’on n’y immolait aucune victime, comme Aristote en témoigne dans sa Constitution délienne.

La tradition veut encore que le premier il ait découvert la migration de l’âme, qui, décrivant un cercle selon l’arrêt du destin, passe d’un être dans un autre pour s’y attacher. Le premier aussi, il introduisit en Grèce les poids et mesures (cf. Aristoxène le musicien). Le premier enfin, il montra que l’étoile du soir et l’étoile du matin ne sont qu’un seul et même astre, découverte attribuée par d’autres à Parménide.

Il avait un tel prestige que l’on considérait les paroles de ses amis comme des oracles divins [23] , et lui-même écrit dans son livre qu’il avait séjourné deux cent sept ans aux enfers avant de venir chez les hommes. C’est pourquoi les Lucaniens, les Peucétiens [24] , les Messapiens [25] et les Romains s’attachaient à lui et le fréquentaient pour avoir accès à son enseignement. Jusqu’au temps de Philolaos, on ne pouvait connaître les dogmes de Pythagore. C’est lui qui fit paraître les trois livres célèbres que Platon fit acheter [26] par lettre cent mines [27] . Il avait alors près de six cents disciples qui venaient l’écouter la nuit. Et ceux qui avaient eu le bonheur de le voir l’écrivaient à leurs amis, comme s’il leur était échu quelque grand bienfait. Les habitants de Métaponte [28] appelaient sa maison le temple de Déméter et passage des Muses la rue où il habitait (cf. Phavorinos, Mélanges historiques). Les autres philosophes de sa secte disaient aussi qu’il ne fallait pas dévoiler les paroles de Pythagore à tout le monde (cf. Aristoxène, Préceptes pédagogiques, livre X). Le même auteur raconte que quelqu’un demandait à Xénophile le Pythagoricien comment il donnerait à son fils la meilleure éducation, à quoi il répondit : « Il sera bien élevé, s’il est originaire d’une ville bien policée. » Pythagore eut bien d’autres disciples en Italie, dont il fit des gens de bien, entre autres Zaleucos et Charondas, qui établirent des lois. Il savait à merveille se faire des amis, et, en particulier, quand quelqu’un, l’ayant fréquenté, avait compris ses symboles, il s’en faisait sur-le-champ un compagnon et un ami.

Voici quels étaient ces symboles [29]  : « Il ne faut pas tisonner le feu avec un couteau, il ne faut pas faire pencher la balance, il ne faut pas s’asseoir sur un boisseau de blé, il ne faut pas manger de coeur, il ne faut pas porter à deux un fardeau, mais le déposer, il faut toujours avoir ses paquets tout prêts, il ne faut pas avoir l’image du dieu sur son anneau, il faut effacer les traces de la marmite sur les cendres, il ne faut pas essuyer sa chaise avec une torche, il ne faut pas uriner en regardant le soleil, il ne faut pas marcher sur les grands chemins, il ne faut pas jeter sa main au hasard, il ne faut pas avoir d’hirondelles dans sa maison, il ne faut pas élever d’oiseaux aux ongles crochus, il ne faut ni uriner, ni marcher sur des rognures d’ongles ou des cheveux coupés, il faut proscrire les couteaux pointus ; quand on a quitté son pays, il ne faut pas se retourner vers la frontière. »

Voici ce que signifiaient ces symboles : ne pas tisonner le feu avec un couteau veut dire ne pas éveiller la colère ni l’irritation violente des puissants ; ne pas faire pencher la balance, c’est ne pas outrepasser la justice et le droit ; ne pas s’asseoir sur un boisseau de blé, c’est avoir souci de l’avenir autant que du présent, car le boisseau est la nourriture journalière ; par ne pas manger du coeur, il entendait qu’il ne faut pas se troubler l’âme par les chagrins et les soucis. Dire qu’un homme sorti de chez lui ne doit pas se retourner vers la frontière, c’était avertir ceux qui allaient changer d’existence de ne pas regretter la vie ni le plaisir qu’elle comportait. Le reste s’expliquera de façon analogue. Je ne veux pas m’attarder à cela.

Avant tout il interdisait de manger du rouget et de l’oblade et encore du coeur d’animal ou des fèves. Aristote y ajoute la matrice et le mulet de mer. Quelques auteurs veulent qu’il ait eu pour habitude de se contenter tantôt de miel ou de pain, et de ne point boire de vin chaque jour. Comme mets, il prenait la plupart du temps des légumes bouillis et crus, et rarement du poisson. Il portait une robe blanche, propre, et utilisait des couvertures de laine blanche, car le lin n’avait pas encore pénétré dans ces régions. On ne le vit jamais se donner d’indigestion, ni faire l’amour, ni s’enivrer. Il ne riait ni ne plaisantait, ne disant jamais ni bon mot, ni conte léger. S’il s’est mis en colère, il n’a jamais frappé cependant personne, ni esclave, ni homme libre. Il appelait la réprimande « un avertissement ». Il ne pratiquait que la divination augurale par le vol des oiseaux, et s’opposait à celle qui s’accomplit par le moyen du feu, ne faisant exception que pour les encens. Il n’offrait en sacrifice aucun être animé ; quelques auteurs disent pourtant qu’il immolait des coqs et des chevreaux jeunes et tendres, mais jamais d’agneaux. Aristoxène, en tout cas, déclare qu’il permettait de manger toutes sortes d’animaux, excepté les boeufs de labour et les moutons.

Le même auteur rapporte, comme je l’ai déjà dit, qu’il avait reçu des doctrines de Thémistocléa, prêtresse de Delphes. Hiéronyme ajoute que Pythagore descendit aux enfers, qu’il y vit l’âme d’Hésiode attachée à une colonne de bronze et hurlant, et celle d’Homère suspendue à un arbre et entourée de serpents, qu’il apprit que tous ces supplices venaient de tous les contes qu’ils avaient faits sur les dieux ; qu’il vit encore les tourments de ceux qui avaient négligé de remplir leurs devoirs conjugaux, et qu’à cause de cela, il fut honoré des femmes de Crotone. Aristippe de Cyrène dit dans ses Discours physiques que le nom de Pythagore lui vint de ce qu’il disait la vérité comme le dieu Pythien lui-même [30] . On dit qu’il conseillait à ses disciples de dire chaque fois qu’ils rentraient chez eux :

Quelle faute ai-je commise ?

Quel bien ai-je fait ?

Quel devoir ai-je oublié ? [31]

Il interdisait d’offrir aux dieux des victimes sanglantes, et disait qu’on ne devait faire ses dévotions qu’à un autel sur lequel le sang ne coulait point. Il ne voulait pas que l’on prît les dieux à témoin par serment, disant que l’on devait s’efforcer d’être par soi-même digne de foi. Il fallait honorer les vieillards, car ce qui vient dans le temps est plus digne d’honneur que le reste, comme, dans le monde, le lever est plus important que le coucher ; dans le temps, le début que la fin ; et dans la vie, la naissance que la mort. De même il fallait estimer davantage les dieux que les demi-dieux, les demi-dieux que les hommes, et chez les hommes, les parents plus que les autres. Il fallait être sociable, de façon à ne pas faire de ses amis des ennemis et à se faire un ami d’un ennemi. Il ne fallait rien croire à soi seul. Il fallait venir en aide à la loi et lutter contre l’illégalité. Il ne fallait faire de mal ni à un arbre qui n’en fait point, ni à un animal qui ne nuit pas. La pudeur et la piété consistent à ne pas rire avec excès et à ne pas être sévère à l’excès. Il faut éviter d’être trop gras, ne pas voyager trop ni trop peu, exercer sa mémoire, ne rien dire ni faire par colère, il ne faut pas respecter toutes les sortes de divination.

Il faut chanter sur la lyre en s’attachant à louer les dieux et les hommes de bien. Il faut s’abstenir de manger des fèves, parce qu’elles sont pleines de vent et qu’elles participent à l’âme, et que si on s’en abstient on aura le ventre moins bruyant et d’autre part on fera des rêves moins lourds et plus calmes. Alexandre (Succession des philosophes) dit avoir trouvé dans les souvenirs sur Pythagore les idées suivantes : Le principe des choses est la monade [32] . De la monade est sortie la dyade, matière indéterminée soumise à la monade, qui est une cause. De la monade parfaite et de la dyade indéterminée sont sortis les nombres ; des nombres les points ; des points les lignes ; des lignes les surfaces ; des surfaces les volumes ; et des volumes tous les corps qui tombent sous les sens, et proviennent de quatre éléments : l’eau, le feu, la terre et l’air. Ces éléments se transforment de façons diverses et créent ainsi le monde qui est animé, spirituel, sphérique, et porte en son milieu la terre, qui est ronde aussi et habitée sur toute sa surface. Il y a des Antipodes, tout ce qui chez nous est en bas est en haut dans les Antipodes. Il y a sur la terre de l’ombre et de la lumière par parties égales, et de même du froid et du chaud, du sec et de l’humide. Quand le chaud l’emporte, c’est l’été. Quand le froid l’emporte, c’est l’hiver. Quand le sec l’emporte, c’est le printemps. Quand l’humide l’emporte, c’est la saison des brumes [33] . La meilleure saison est celle où ces éléments sont en équilibre. Le printemps verdoyant est la saison salubre, l’automne, où les jours diminuent, est la saison insalubre. Dans la journée, l’aurore est une croissance, le soir une décroissance, et c’est pourquoi le soir est plus malsain.

L’air terrestre est immobile et insalubre, et tout ce qu’il baigne est mortel. L’air supérieur, au contraire, toujours en mouvement, est pur et sain, et tout ce qu’il baigne est immortel et par conséquent divin.

Le soleil, la lune et les autres astres sont des dieux, puisque prédomine en eux l’élément chaud, qui est principe de vie. La lune tire sa lumière du soleil. Les hommes sont parents des dieux, puisqu’ils ont part à l’élément chaud, et c’est pourquoi les dieux ont le regard sur nous.

Tout est soumis au destin, qui est le principe d’ordre de l’univers. Les rayons du soleil traversent l’élément froid et l’élément épais, c’est-à-dire l’air et l’eau. Ces rayons du soleil pénètrent jusque dans les profondeurs de la terre et ils y créent la vie. Tout être vit qui participe à la chaleur, c’est pourquoi les plantes elles aussi sont vivantes. Mais tous les êtres n’ont pas une âme.

L’âme est une parcelle de l’élément chaud et de l’élément froid : elle diffère de la vie, car elle est en soi immortelle, puisqu’elle est une parcelle d’un élément immortel. Les animaux s’engendrent les uns les autres par le moyen du sperme, et la génération par la terre est impossible [34] .

Le sperme est une goutte de cervelle qui contient en soi une vapeur chaude. Introduite dans la matrice, la goutte de cervelle fournit la lymphe, l’humeur et le sang, d’où naissent les nerfs, les chairs, les os, les cheveux et, d’une façon générale, tout le corps. La vapeur chaude produit l’âme et la sensation [35] . Ce sperme forme un foetus en quarante jours et, selon les lois de l’harmonie, en sept ou neuf ou dix mois au plus, l’enfant est achevé et mis à jour. Il a en lui toutes les raisons de vie auxquelles il est lié selon les lois de l’harmonie, chacune venant au temps qui lui est assigné [36] .

La sensation, d’une manière générale, et en particulier la vue, est une vapeur très chaude. Par là on veut dire que l’on voit à travers l’eau et l’air, parce qu’alors le chaud est combattu par le froid [37] (car si la vapeur qui est dans les yeux était froide, elle se diluerait dans l’air environnant). En réalité, c’est une vapeur chaude qui est dans ce qu’on appelle les portes du soleil [38] . (Pythagore donne la même théorie pour expliquer l’ouïe et les autres sens.)

Il divise l’âme humaine en trois parties : la représentation, l’esprit, le principe vital. Les animaux ont la représentation et le principe vital, seul l’homme a l’esprit [39] . L’âme a son principe du coeur jusqu’au cerveau. La partie qui réside dans le coeur est le principe vital, l’esprit et la représentation ont leur siège dans le cerveau. Les sensations sont des gouttes de ces parties. La partie de l’âme qui est intelligente est immortelle, le reste est périssable. L’âme tire sa nourriture du sang, les paroles sont des souffles de l’âme. Elle et les paroles sont invisibles comme l’élément qui les forme. Les liens [40] de l’âme sont les veines, les poumons et les nerfs. Et lorsque l’âme a de la vigueur et, concentrée en elle-même, reste en repos, les réflexions et les actes deviennent ses liens. Quand elle a été expulsée par la violence et jetée à terre, alors elle erre à travers les airs, semblable à quelque fantôme. Et Hermès est l’intendant des âmes, et pour cela, on l’appelle « le convoyeur », et le portier, et le terrien, puisque c’est lui qui guide les âmes en les retirant des corps de la terre et de la mer, et qui conduit les âmes pures vers le plus haut des cieux, et qui interdit aux âmes impures d’aller avec les premières, ou de se grouper entre elles, mais au contraire les fait enchaîner par les Furies à des liens indestructibles.

L’air est tout entier rempli d’âmes que l’on appelle démons et héros. Ce sont eux qui envoient aux hommes les songes et les signes de la maladie et de la santé, et non seulement aux hommes, mais aux troupeaux et à toutes les bêtes de somme, et c’est pour se préserver d’eux qu’existent les purifications religieuses et les expiations, et toute la divination et les sorts, etc.

De tout ce qui constitue un homme, c’est l’âme qui a le plus de pouvoir, soit en bien, soit en mal. Les hommes sont heureux quand ils ont une bonne âme, ils ne sont jamais en repos, et leur vie est un perpétuel changement.

Ce qui est juste a par soi-même une valeur de serment, et c’est pourquoi Zeus est appelé le dieu du serment. La vertu est une harmonie [41] , comme aussi la santé, le bien total et la divinité. C’est pourquoi l’ensemble des choses est harmonieux. L’amitié est une égalité harmonieuse. Il ne faut pas donner aux héros les mêmes honneurs qu’aux dieux, mais bien adorer les dieux avec des paroles de respect, dans un vêtement blanc et avec un corps pur, et n’adorer les héros qu’après le milieu du jour. La pureté s’obtient par le moyen des purifications, des ablutions, des aspersions, du fait de n’avoir pas eu de contact avec un mort, avec une femme, ou avec toute autre souillure, et de s’abstenir des viandes d’animaux morts, de rougets, de mulets de mer, d’oeufs, d’oiseaux nés d’oeufs, de fèves et de tout ce que défendent ceux qui dans les cérémonies sacrées ont la charge de célébrer les rites.

A propos des fèves, Aristote dit que Pythagore les proscrivait soit parce qu’elles ont la forme de testicules, soit parce qu’elles ressemblent aux portes de l’enfer : en effet, seules elles n’ont pas de gonds ; soit encore parce qu’elles corrompent, ou parce qu’elles ressemblent à la nature de l’univers, ou encore parce qu’elles sont le symbole d’un état oligarchique. En effet, elles servent pour le tirage au sort. Il ne faut pas non plus ramasser ce qui est tombé de la table, pour s’accoutumer à ne point trop manger, ou bien parce que les miettes appartiennent aux morts. Aristophane d’ailleurs dit que ce qui tombe est la part des demi-dieux, en ces termes (Comédie des Héros) :

Ne touchez point aux miettes tombées sous la table.

Il faut s’abstenir de manger un coq blanc, parce qu’il est consacré au mois et suppliant. Consacré au mois, parce qu’il indique les heures. Il ne faut pas toucher aux poissons qui sont sacrés, car les dieux et les hommes ne doivent pas toucher les mêmes choses, pas plus que les esclaves et les hommes libres. Et le blanc est de la nature du bien et le noir de la nature du mal. Il ne faut pas rompre le pain, parce que les anciens se réunissaient entre amis chez l’un d’entre eux, comme font maintenant encore les barbares, et il ne fallait pas diviser ce pain qui les réunissait. D’autres rapportent cette défense au jugement qui se fait aux enfers. D’autres disent qu’il rend redoutable à la guerre, d’autres disent : parce que l’univers commence par un pain [42] . La plus belle de toutes les figures solides est la sphère, et des figures planes, le cercle. La vieillesse ressemble à tout ce qui se corrompt, la jeunesse à tout ce qui s’accroît. La santé est la conservation de l’espèce, et la maladie sa destruction. Il faut user du sel, parce qu’il est révélateur de la justice. Car tout ce que le sel touche, il le conserve, et il naît de tout ce qu’il y a de plus pur dans le soleil et dans la mer.

Voilà ce qu’Alexandre dit avoir trouvé dans les Souvenirs sur Pythagore, et ce qu’Aristote nous apprend à peu près dans les mêmes termes [43] .

Timon dans ses Silles n’a pas manqué de mordre Pythagore assez durement à propos de sa gravité. Il écrit :

Pythagore, inclinant vers les songes des charlatans,

Pipe les hommes sous l’apparence d’une gravité excellente.

Xénophane affirme qu’il était très inconstant dans ses opinions et en témoigne dans l’élégie qui commence ainsi :

Maintenant je suis un autre discours, et je te montrerai une autre voie.

Et voici ce qu’il raconte de lui :

Passant un jour près d’un qui battait son chien,

Il fut pris de pitié et dit cette parole :

Arrête, ne tue pas ce malheureux, car il a l’âme

D’un de mes amis : je le reconnais à sa voix !

Voilà ce que dit Xénophane.

Cratinos à son tour raille le philosophe dans ses Pythagoriques [44] .. Et même dans ses Tarentines, il dit :

Leur coutume, lorsqu’ils voient entrer quelque profane,

Est d’essayer par tous les moyens

De le troubler et de le confondre par la force des paroles,

Par des antithèses, des définitions, des correspondances symétriques,

Des digressions et des amplifications oratoires bourrées d’esprit.

Mnésimaque dit dans son Alcméon [45] :

Nous sacrifions à l’Équivoque à la façon de Pythagore,

Sans manger du tout d’aucun animal.

Aristophon écrit à son tour dans son Pythagoristès

Descendu au séjour infernal, il dit :

Avoir vu chacun, et comme les Pythagoriciens

Différaient des autres morts.

Car eux seuls Mangeaient, disaient-ils, à la table de Pluton

Pour leur piété. Le vilain dieu que tu nommes là,

Qui se plaît à manger avec des gens crasseux !

Le même auteur ajoute dans la même pièce :

Ils mangent

Des légumes et boivent de l’eau.

Haillons, crasse et poux,

Quel jeune homme supporterait cela ?

Voici comment mourut Pythagore [46] . Il séjournait avec ses disciples dans la maison de Milon, quand cette maison fut incendiée [47] par un homme jaloux de n’avoir pas été choisi comme élève par le philosophe. On accuse parfois les Crotoniates de ce crime en disant qu’ils craignaient que Pythagore ne devînt tyran de leur ville. Toujours est-il que le philosophe prit la fuite et fut rejoint près d’un champ de fèves. Il refusa de le traverser en déclarant qu’il préférait être tué à fouler les fèves aux pieds, et en ajoutant qu’il valait mieux mourir que parler [48] .

Ses poursuivants le mirent à mort, et avec lui la plupart de ses compagnons, au nombre de quarante environ. Quelques-uns purent s’enfuir, entre autres Archippe de Tarente et Lysis déjà nommé. Dicéarque prétend que Pythagore mourut dans le temple des Muses de Métaponte [49] où il s’était réfugié, après un jeûne de quarante jours.

Héraclide (Abrégé de la vie de Satyros) raconte qu’après avoir enseveli Phérécide à Délos, Pythagore revint en Italie, mais qu’y ayant trouvé le banquet de Cylon [50] le Crotoniate, il s’en alla à Métaponte et y mourut de faim volontairement, par lassitude de la vie [51] .

Hermippe, enfin, raconte que pendant la guerre entre Agrigente et Syracuse, Pythagore sortit de la ville avec ses compagnons pour secourir les Agrigentins. Ceux-ci mis en fuite, Pythagore en se sauvant parvint à un champ de fèves, qu’il ne voulut pas traverser. Pris par les Syracusains, il fut mis à mort. Ses disciples, au nombre de trente-cinq, furent brûlés vifs à Tarente, parce qu’ils y voulaient faire de l’opposition au gouvernement établi.

Hermippe cite une autre anecdote sur Pythagore venu en Italie, il se fit creuser sous terre un caveau, où il descendit. Il demanda à sa mère de consigner sur des tablettes tous les événements avec leurs dates et de les lui descendre dans son caveau. Ainsi fit-elle. Plus tard, Pythagore remonta sur terre, maigre et squelettique. Il vint trouver ses disciples et leur raconta qu’il arrivait des enfers. Il le prouva en décrivant tout ce qui s’était passé en son absence. Émotion des disciples, qui fondent en larmes, croient dur comme fer que Pythagore est un dieu, et lui confient leurs femmes pour qu’elles apprennent elles aussi ses doctrines : ce furent les Pythagoriciennes. Et voilà tout ce que raconte Hermippe.

Pythagore eut une femme nommée Théano, fille de Brontinos de Crotone. Certains auteurs en font la femme de Brontinos et l’élève de Pythagore. Il eut une fille : Damo. (Cf. Lysis, Lettre à Hipparque, où il parle ainsi de Pythagore : « Beaucoup de gens racontent que tu philosophes en public malgré l’interdiction formelle de Pythagore, qui en recommandant à Damo sa fille ses ouvrages, lui défendit de les communiquer à personne hors de sa maison. Elle-même aurait pu les vendre un bon prix, elle s’y est refusée, préférant à tout l’or du monde vivre pauvre, en obéissant à son père : et elle a fait cela bien qu’elle ne fût qu’une femme. » )

Il eut aussi un fils, Télaugès, qui succéda à son père et qui fut selon une tradition le précepteur d’Empédocle. Hippobote fait tenir à Empédocle ce propos :

Télaugès, fils illustre de Théano et de Pythagore.

Télaugès n’a pas laissé d’ouvrages, mais sa mère en a écrit quelques-uns. On raconte d’elle le mot suivant : on lui demandait à quel moment une femme était purifiée du contact de l’homme. « Du contact de son mari, dit-elle, sur-le-champ, de celui d’un autre, jamais. » A la femme qui allait coucher avec son mari, elle conseillait de dépouiller sa pudeur en même temps que ses habits et de la reprendre aussitôt avec eux, dès qu’elle se relèverait (et comme on lui demandait quels vêtements, « ceux à cause desquels je me nomme femme », répondit-elle).

Pythagore est mort, si l’on en croit Héraclide, fils de Sérapion, à quatre-vingts ans, ce qui est conforme à son estimation de la durée des quatre périodes de la vie [52] , mais la tradition courante est qu’il avait quatre-vingt-dix ans. Et pour ma part, je me suis amusé à écrire sur lui les vers suivants :

Tu n’es pas seul à ne pas manger d’êtres vivants, nous faisons de même.

Qui a jamais mangé une bête vivante, Pythagore ?

Nous la faisons cuire, griller, nous la salons,

Et c’est alors que nous la mangeons, mais elle n’a plus d’âme.

Et ceux-ci :

Pythagore fut sage au point de ne pas vouloir

Manger de la viande. Il disait que c’est un crime,

Mais il laisse les autres en manger.

J’admire cette sagesse : lui, ne

Commet pas de crime, mais il laisse les autres en commettre.

Et ceux-ci

Si tu veux connaître l’esprit de Pythagore,

Regarde la pointe du bouclier d’Euphorbe ;

Elle dit : « J’étais autrefois un homme » ; et Pythagore

Dit qu’il était quelqu’un alors qu’il n’existait pas,

Il n’était donc plus rien quand il existait.

Et ceux-ci, sur la façon dont il mourut :

Aïe, aïe, Pythagore, pourquoi donc a-t-il tant de vénération pour des fèves ?

Le voilà mort avec ses propres disciples ;

C’était un champ de fèves et pour ne pas le piétiner,

Il est mort tué par les Agrigentins dans un carrefour.

Il avait quarante ans vers la soixantième olympiade, et son école a duré jusqu’à la septième ou la dixième génération [53] . En effet les derniers Pythagoriciens sont ceux qu’Aristoxène connut directement, Xénophile de Chalcis en Thrace, Phanton de Phlionte, Échéchratès, Dioclès, Polymnastos, eux aussi de Phlionte. Tous étaient élèves de Philolaos et d’Eurytos, tous deux Tarentins.

Il y eut quatre Pythagore presque à la même époque et séparés par peu d’années. Un Crotoniate, personnage despotique, un de Phlionte, maître de gymnastique (un entraîneur d’athlètes, comme on dit), le troisième, de Zacinthe, et notre philosophe, à qui on attribue le précepte du secret philosophique et dont est devenue légendaire la formule : « Le maître l’a dit. » D’autres veulent qu’il y ait eu un autre Pythagore, originaire de Rhégium [54] qui était sculpteur et passe pour le créateur de la théorie des nombres et de l’harmonie, un autre, sculpteur aussi, originaire de Samos, un autre, orateur faible, un autre, médecin, qui fit un traité des hernies et un écrit concernant Homère, un autre enfin, qui écrivit en langue dorique. Toute cette seconde tradition vient de Dionysos.

Érathostène [55] cité par Phavorinos (Mélanges historiques, livre VIII), nous apprend que notre philosophe était le premier Pythagore, celui qui au cours de la quarante-huitième olympiade [56] participa au pugilat, pomponné et vêtu de pourpre, fut exclu des combats de jeunes gens et ridiculisé, et qui alla alors combattre contre des hommes et fut vainqueur. On en a pour preuve cette épigramme de Théétète :

Si tu entends, étranger, parler de Pythagore le bien peigné,

De Pythagore, le célèbre lutteur samien,

Ce Pythagore, sache-le, c’est moi. Si tu racontais

Mes exploits à Elée, tu aurais peine à te faire croire.

Phavorinos dit qu’il employait des définitions en mathématiques avant Socrate et ses disciples, procédé développé ensuite par Aristote et les Stoïciens. C’est lui qui le premier appela le ciel « cosmos », et découvrit la rotondité de la terre. Théophraste prétend que ce fut Parménide, et Zénon que ce fut Hésiode. On dit qu’il eut comme adversaire Cylon, tout comme Socrate eut pour adversaire Antiloche. Sur Pythagore l’athlète, on connaît cette épigramme :

Il vint, quittant les enfants pour lutter à Olympie,

Pythagore de Samos, fils de Cratéos.

Quant au philosophe, il a écrit aussi cette lettre :

PYTHAGORE A ANAXIMÈNE

Et toi, ô mon cher ami, si tu ne surpassais pas Pythagore par ta naissance et ton renom, tu serais venu me voir de Milet. En réalité, la gloire de tes pères t’a retenu, comme elle l’aurait fait pour moi, si j’avais été semblable à Anaximène. Car si vous, les hommes supérieurs, quittez vos cités, elles perdront tous leurs ornements et seront plus sujettes aux sévices des Mèdes. Car il ne faut pas sans cesse interroger les astres, il est plus beau de se soucier de sa patrie. Pour moi, je ne suis pas toujours plongé dans ma philosophie, mais je m’occupe aussi des guerres qui déchirent et divisent les Italiotes [57] .

Puisque nous en avons fini avec Pythagore, parlons des plus fameux Pythagoriciens, puis de ceux qui sont isolés [58] , après quoi nous nouerons la chaîne des philosophes importants jusqu’à Épicure, comme nous l’avons dit plus haut. Nous avons déjà parlé de Théano et de Télaugès. Parlons donc maintenant, d’abord, d’Empédocle, qui fut en effet, selon certains auteurs, disciple de Pythagore [59]".


Notes


[1] Ici commence une deuxième partie de l’ouvrage, parallèle à la première, et non la suite des chapitres précédents.
[2] Aristoxène déclare que Pythagore est né dans l’île de Lemnos.
[3] Ville du nord du Péloponnèse.
[4] Phrase manifestement interpolée.
[5] Renseignement donné par Hérodote (IV, 95), qui ne parle pas de l’identification de Zamolxis à Cronos.
[6] Jamblique (Vie de Pyth., 25) cite une tradition selon laquelle le philosophe serait allé en Crète, non pour s’initier aux rites, mais pour étudier les lois du pays.
[7] Ces voyages nous sont connus aussi par la vie de Pythagore de Jamblique.
[8] Détail cité aussi par Hérodote et contradictoire avec le précédent, où Polycrate était présenté comme un ami de Pythagore. Trace de l’utilisation par D.L. de deux sources différentes.
[9] M. Delatte (p. 154) explique par suite de quelles altérations de la tradition Pythagore a pu apparaître indûment comme un réformateur politique.
[10] Pendant la guerre de Troie.
[11] Famille de prêtres qui desservaient le temple d’Apollon, à Didyme, près de Milet.
[12] Histoire rapportée aussi par Jamblique (63).
[13] C’est un faux du IIIe siècle av. J.-C. Cf. exposé de Diels, rappelé par M. Delatte (p. 160).
[14] Cf. Jamblique (58) : « On dit que Pythagore le premier s’appela philosophe. ».
[15] Sur cette société pythagoricienne nous avons des détails supplémentaires donnés par Jamblique (71-73). Le séjour du disciple comprenait : a) Examen préalable de la famille, de l’éducation, du caractère du jeune homme ; b) période de trois ans (dont D.L. ne parle pas) où l’on étudie si l’élève est vraiment désireux d’apprendre ; c) cinq ans de silence et de vie austère, où le disciple ne voit pas le maître ; d) enfin l’élève, s’il en est jugé digne, est admis à voir le maître.
[16] Citation d’Hermippe, qui paraît bien mal placée. La défense d’enterrer les morts dans un cercueil de cyprès est rapportée aussi par Jamblique (155). (il défendait de faire des cercueils en cyprès, parce que le sceptre de Zeus en était fait). C’est la même expression que celle de Diogène. Jamblique disait d’ailleurs pour expliquer la même défense (154) : « Il faut honorer les dieux d’un rameau de laurier, de cèdre, de cyprès, de chêne ou de myrte. »
[17] Cf. Jamblique (91), qui attribue cette opinion à Abaris, qui avait été prêtre d’Apollon. Jamblique rappelle encore (30) qu’on faisait du philosophe Apollon Péan ou Pythien ou l’un des démons qui habitent la lune ou un dieu de l’Olympe.
[18] M. Delatte signale (p. 171) que les Anciens ne donnent pas tous le même nom à ce fleuve.
[19] Cf. Jamblique (56), qui donne de plus longues explications : « Quand elle n’est pas mariée, elle s’appelle Vierge ; quand elle s’est donnée à un homme, elle s’appelle Épouse ; quand elle a mis au monde un enfant, elle est Mère. » Il ajoute, ce que D.L. ne dit pas : « et quand ses enfants à leur tour ont des enfants, elle s’appelle Maia, terme dorien qui signifie Aïeule ».
[20] Le monocorde est un instrument de physique, servant à étudier, en acoustique, les rapports harmoniques. Il se compose d’une corde tendue sur un chevalet qui la divise en longueurs inégales, et permet d’obtenir plusieurs sons et de calculer les longueurs de corde correspondant à l’échelle des sons.
[21] L’hécatombe est le sacrifice le plus important de l’Antiquité. Il consistait à immoler cent boeufs.
[22] D.L. essaye de justifier sa tradition. Il y a en effet contradiction entre le fait de conseiller un régime carné et celui de défendre de tuer et manger des animaux. On peut de même s’étonner que Pythagore ait immolé une hécatombe après la découverte de son théorème. La même anecdote est d’ailleurs donnée au livre I, à propos de Thalès, lorsqu’il eut aussi découvert son théorème.
[23] Texte douteux.
[24] Habitants du Picénum en Italie (région d’Ancône).
[25] Habitants de Messapie, au sud de l’Italie, dans l’ancienne Grande-Grèce.
[26] Jamblique (199) précise que ce fut Dion qui les acheta pour le compte de Platon : « Ces trois lettres que Dion de Syracuse acheta, dit-on, cent mines sur la demande de Platon. »
[27] Soit 10 000 francs-or.
[28] Ville de Grande-Grèce, entre Sybaris et Tarente.
[29] M. Delatte (p. 186) rappelle que ces symboles « sont des formules de défense visant des actions qui concernent des objets ou des êtres doués d’une force magique ». Au début, ils étaient pris à la lettre, et plus tard au contraire métaphoriquement, comme D.L. lui-même les comprend.
[30] Le nom signifierait ainsi : « Qui parle comme le Pythien » ; on a vu plus haut que, selon Jamblique, Pythagore était parfois identifié avec Apollon Pythien.
[31] Cette formule conseille donc l’examen de conscience.
[32] C.-à-d. l’unité.
[33] L’opinion exprimée par le médecin Éryximaque, dans le Banquet de Platon (188, ab). La belle saison est l’union harmonieuse de deux amours. Quand le froid et le chaud, le sec et l’humide sont dans une juste proportion, c’est la bonne saison, qui apporte la bonne santé. La mauvaise saison est au contraire l’effet d’un déséquilibre entre ces éléments.
[34] Dans le Banquet de Platon (191, b) Aristophane prenant la parole à son tour pour louer l’amour et traçant une évolution fantaisiste du monde, explique qu’à l’origine, comme c’est encore le cas des cigales : les êtres se reproduisaient en confiant leur semence à la terre. C’est que leurs organes sexuels se trouvaient placés derrière eux. Ils purent s’unir quand Zeus, ayant eu pitié de leurs souffrances, eut transporté ces organes sur le devant de leur corps.
[35] La femme ne joue donc qu’un rôle de réceptacle. On a vu, au livre précédent, une opinion analogue des Stoïciens sur la stérilité du sperme féminin.
[36] Ainsi l’évolution du foetus suit une loi analogue aux lois harmoniques qui relient les sons entre eux. M. Delatte (p. 217218) explique comment la grossesse de sept mois ou de 210 jours répond aux harmonies de quarte, de quinte et d’octave (6, 8, 9, 12) additionnées et multipliées par 6, chiffre de la vie, la grossesse de neuf mois, ou 270 jours aux harmonies de quinte, d’octave et de double quinte (6, 9, 12, 18) additionnées et multipliées par 6. La grossesse de dix mois n’est qu’une différenciation de celle de neuf mois, qui se termine soit à la fin du neuvième mois (270 jours) soit au début du dixième (274).
[37] C.-à-d. que la vapeur chaude, traversant un élément froid et ne se mêlant pas à lui, va toucher directement l’objet.
[38] Expression homérique pour désigner les yeux.
[39] Le noûç n’est donc pas l’esprit, puisque l’animal le possède. Cette distinction est très différente de celle d’Homère qui est bien connue (cf. Odys., XI, Descente aux enfers)
[40] C.-à-d. par quoi l’âme est liée au corps.
[41] Cette expression est la conséquence du double aspect, arithmétique et musical, de la philosophie pythagoricienne.
[42] Toutes ces explications sont bien confuses : ou le texte est fautif, ou D.L. fait allusion à des légendes et des théories qui nous sont mal connues.
[43] Fin du livre des souvenirs de Pythagore et de la longue citation d’Alexandre. Le dernier paragraphe semble mal placé. Toutes ces remarques sur la philosophie de Pythagore ne sont en somme que des détails : aucun exposé sérieux de la théorie des nombres et des sphères, ni de la physique.
[44] Poète de la moyenne comédie, comme Mnésimaque et Aristophon.
[45] Loxias est le surnom d’Apollon (l’oblique) parce que ses oracles rendus à Delphes avaient toujours un sens équivoque.
[46] Voilà donc trois versions de la mort de ce philosophe celle qui le fait mourir près d’un champ de fèves, et dont D.L. ne nous donne pas l’origine, celle d’Héraclide Lembos, et celle d’Hermippe.
[47] Cette histoire est racontée par Jamblique (249), qui déclare comme Diogène que seuls Archippe et Lysis purent s’enfuir, mais ne parle pas du champ de fèves.
[48] Cette phrase ne se relie pas directement à ce qui précède, et M. Delatte l’explique (p. 242-243) par la contamination de deux légendes : celle de la mort du philosophe, et celle d’une aventure de deux Pythagoriciens racontée par Jamblique et Néanthe, lesquels, pris par Denys pour n’avoir pas voulu traverser un champ de fèves, avaient refusé d’en dire la raison à Denys.
[49] Ville de Grande-Grèce : à l’ouest de Tarente.
[50] Banquet offert par Cylon, ennemi de Pythagore (cf. Jamblique, 248), pour fêter la mort des Pythagoriciens.
[51] Ce récit est en contradiction avec la proscription du suicide par les philosophes de cette secte.
[52] D.L. a rappelé au début de sa biographie que Pythagore divisait la vie en quatre périodes de vingt ans chacune. La date semble avoir été donnée ici pour justifier la légende du suicide.
[53] Cela veut dire qu’il y a eu sept ou dix chefs d’école après Pythagore.
[54] Ville du Brutium, à l’extrémité sud de l’Italie (aujourd’hui Reggio).
[55] La biographie se termine par une série de détails qui eussent été mieux placés ailleurs.
[56] Vers 588.
[57] Cette lettre, apocryphe, est une réponse aux lettres d’Anaximène données par D. L. au livre XI.
[58] C’est-à-dire : qui n’ont fait partie d’aucune secte et n’ont pas formé d’école.
[59] Ces indications ne correspondent pas à ce qu’a écrit D.L. dans son introduction ; il n’y parlait pas d’Empédocle.

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Dernière modification le : 24/08/2016 @ 21:36
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