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Vendredi 27 novembre 2020

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PLATON La Caverne - Commentaire

Commentaire de l’Allégorie de la caverne

Cette fameuse « Allégorie » est une image utilisée par Platon pour convaincre son interlocuteur, Glaucon, de la réussite de l'éducation philosophique. Elle délivre l'homme des chaînes de l'ignorance et des préjugés.

A) Le sens des différents éléments.

Les prisonniers enchaînés, ce sont les hommes et la caverne dans laquelle ils se trouvent correspond à la condition humaine. Cette image est un chemin vers l'Idée1, qu'il faut suivre fidèlement.
Les chaînes, ce sont à la fois les passions et les préjugés. Les passions déforment ce que nous voyons. Plus exactement, lorsque nous sommes passionnés, nous ne voyons que ce que nous avons envie de voir. L'amoureux métamorphose les défauts de sa bien-aimée en qualités. L'avare ne voit partout que des voleurs qui en veulent à son argent, etc. La passion nous enferme dans un système d'interprétation qui tend peu à peu à nous éloigner aussi bien des autres que de la réalité. Le préjugé, c'est autre chose. Il vient, dans la plupart des cas, de l'éducation. Éducation qui commence dès la petite enfance ce qui explique que nous ne rendons même pas compte que nous avons des préjugés. Nous sommes incapables, comme le dit le texte, de tourner la tête, c'est-à-dire de regarder ailleurs et autrement que selon nos habitudes. Le préjugé, est donc le jugement avant tout jugement intervenant sans que nous en ayons clairement conscience. Ces fameuses « chaînes » dont nous ne cherchons pas toujours à être délivrés.
Les ombres sur la paroi de la caverne, c'est ce qui nous apparaît. L'apparence n'est ni fausse, ni vraie ; elle est ce que nous sommes capables de saisir des choses en fonction de notre situation, de nos moyens intellectuels, de notre sensibilité, de notre culture. Nous ne voyons pas les choses mêmes, mais ce qu'elles sont pour nous. La réalité est toujours plus riche et plus complexe que ce que nous pouvons en saisir. Il reste que mépriser l'apparence n'a pas de sens, car sans l'apparence, nous n'aurions aucun accès à la réalité. Notre tâche humaine consiste à essayer de rendre compte de ces apparences. Nous ne pouvons ni les mépriser, ni nous y arrêter.
Le petit mur qui se situe entre la route et l'entrée de la caverne indique une difficulté supplémentaire : nous ne voyons que des ombres tronquées.
Quant aux personnages, animaux ou statues qui passent sur la route, ils constituent la réalité dont nous ne voyons que les ombres. Cette réalité est elle-même multiple. Il y a, par exemple, des hommes et des statues. Dans le premier cas, l'ombre projetée sur le fond de la caverne sera l'ombre d'une réalité ; dans le deuxième cas, ce sera l'ombre d'une image, l'ombre d'une ombre. Rien, dans le processus de l'apparence, ne pourra permettre de distinguer ce qui est projection d'une reproduction de ce qui est projection d'une réalité.
Enfin, la situation des prisonniers est telle qu'ils peuvent attribuer des qualités aux apparences, qualités qui appartiennent à la réalité. Ainsi en va-t-il de la parole qui sera attribuée à l'ombre et non pas à celui qui passe sur la route. Ces éléments qui passent sur la route représentent le réel, c'est-à-dire ce qui est capable de rendre compte des apparences. Or, pour Platon, ce qui est capable de rendre compte des apparences, ce sont les Idées, c'est-à-dire le monde intelligible. Il faut essayer de préciser alors rapidement ce qu'est une Idée. Pour nous aider, et même si c'est approximatif, il faut passer par des exemples. L'Idée, c'est ce qui donne sa forme (« eidos » en grec signifie « la forme ») à une matière et crée une unité de l'objet. Si nous démontons un appareil de télévision, nous trouverons beaucoup d'éléments. Si ces éléments sont tous posés sur une table en ordre dispersé, le hasard ne fabriquera pas un poste de télévision, et celui qui n'y connaît rien n'aura aucune chance d'arriver à reconstruire le poste. Seul celui qui a l'Idée de ce que sont les éléments et qui a l'Idée de ce qu'est le poste pourra le reconstruire. On voit à peu près ce qu'est l'Idée. C'est ce qui fait que l'on a affaire à un ordre et non pas à un chaos. Sans Idée, il n'y a que du désordre, mais y a-t-il même quelque chose ? Pour constater le désordre, il faut avoir l'Idée d'un ordre évanoui. Or c'est l'absence totale d'ordre ou d'Idée qu'exprime le terme « chaos ». S'il y a du réel, pense Platon, il y a nécessairement des Idées. Si le réel est autre chose que du chaos, il est dans son essence intelligible. L'ombre ne peut exister sans la réalité qui la sous-tend.
Le dernier élément de l'allégorie, c'est le feu et la lumière. Comme il y a une origine à l'apparence, il y a une origine à la lumière. Au début du passage, il est question d'un feu, puis du soleil, enfin de l'Idée du Bien. La lumière et la réalité ne sont pas la même chose. La lumière n'est pas une réalité parmi d'autres. Sans lumière, il n'y a pas d'ombres et les objets réels eux-mêmes retombent dans la nuit. Comment traduire cela ? Disons que la lumière, c'est la visibilité des Idées ; c'est ce qui fait le lien entre le monde sensible et le monde intelligible ; c'est par la lumière que le monde intelligible peut se réfracter dans le monde sensible, et c'est elle qui fait l'unité du monde intelligible. Le monde des Idées n'est pas un monde chaotique, mais un univers unifié qui a un sens. La lumière, c'est ce qui donne sens au tout. Principe premier que Platon appelle l'Idée du Bien sans qui rien n'aurait vie.

B) Le sens général du texte.


L'Allégorie précise la nature même de la connaissance. Cette connaissance a un double aspect : d'abord du côté de l'être, il s'agit de rendre compte des apparences, ensuite du côté de la pensée, la connaissance est définie comme un éveil à soi-même.
Connaître, c'est sortir de la caverne, ce qui est difficile et douloureux, comme le souligne le texte. Que signifie cette image, la sortie de la caverne ? I1 s'agit du travail de la pensée : il faut chercher les causes des choses qui nous apparaissent. Il faut donc faire des hypothèses. Prenons un exemple. Les Grecs, comme la plupart des peuples de l'Antiquité, étaient fascinés par les phénomènes astronomiques. Comment rendre compte de ces phénomènes ? Comment saisir la position réciproque des astres ? C'est un disciple de Platon, Eudoxe, qui, l'un des premiers, propose une hypothèse de fonctionnement à partir du modèle de la sphère. La Terre, elle-même sphérique, est au centre du système ; les planètes décrivent des cercles autour de la Terre. Cette hypothèse lance la recherche, car elle permet le calcul des positions et donc certaines prévisions. C'est donc un modèle mathématique, une Idée qui permet de rendre compte des apparences.
On voit bien qu'en restant au niveau des apparences on n'a aucune chance de comprendre ce qu'elles sont. Il faut, au risque de l'erreur, aller au-delà des apparences pour en voir la raison d'être. L'apparence est incapable de rendre compte d'elle-même. On peut regarder pendant des siècles le soleil se coucher et se lever, il n'y a dans le phénomène lui-même aucune explication de ce qu'il est. Ce mouvement du soleil peut recevoir deux interprétations : soit le soleil tourne autour de la Terre, - cette interprétation est simplement en accord avec l'apparence - soit la Terre tourne sur elle-même, interprétation plus risquée qu'il faudra beaucoup de temps pour accepter. Remarquons seulement que l'interprétation la plus simple est déjà de l'ordre de l'Idée.
La conception platonicienne de la connaissance, qui est ici présentée par une allégorie, demeure la nôtre. Il s'agit bien de « sauver le phénomène », comme le dit Platon, c'est-à-dire de voir correctement ce qu'il y a à voir en connaissant les causes de notre vision. Il ne s'agit pas de mépriser les apparences, mais de les expliquer. Le ciel est bleu, mais le bleu du ciel ne nous dit pas pourquoi il est bleu. Cet élément de la nature est comme tous les éléments de la nature parfaitement silencieux. Seul le physicien qui connaît la décomposition de la lumière peut nous donner une interprétation correcte de ce phénomène.
A ne voir que cet aspect de la connaissance dans l'Allégorie de la caverne, ce texte pourrait apparaître inaugurer la science moderne, ce qu'il fait sans doute, mais il a d'autres richesses.
Connaître, c'est aussi se délivrer, se libérer des chaînes, s'éveiller à soi-même. Platon assigne à la connaissance un sens moral : elle est ce par quoi l'homme s'accomplit. Développons ce point. Que la connaissance soit délivrance, cela est évident, en ce sens que, pour se débarrasser d'une opinion reçue, d'un préjugé, il n'y a guère d'autre moyen. Par exemple, la différence entre les Noirs et les Blancs, tient simplement à la quantité et la nature des mélanines contenues dans la peau. C’est tout. Savoir cela est un moyen de se laisser moins impressionner par des différences « choquantes ». Cela devrait empêcher toute « évaluation » irrationnelle. Mais cette délivrance par la connaissance est-elle vraiment capable d'agir sur nos passions ? Voilà qui est beaucoup moins sûr. Pourtant, Platon le pense, car l'éveil à soi-même dont il est question rejoint ce qui a été indiqué à propos de la conscience. S'éveiller à soi-même, c'est tenter de s'installer dans la vérité. C'est sortir du « moi » et de ce qui l'affecte pour s'engager dans une démarche où ma pensée en acte retrouve toutes les autres pensées dans l'accord avec la vérité. Cette sortie est impossible à l'homme seul, il est donc nécessaire de dialoguer, et c'est encore un des sens du texte d'éclairer ainsi la vie et la mort de Socrate.

C) Problèmes posés.

Les questions suscitées sont nombreuses et à la limite inépuisables. On en privilégiera une : la place de l'hypothèse et des principes anhypothétiques.
Quel est le rôle de l'hypothèse dans la connaissance et quelles en sont les limites ? Le rôle de l'hypothèse est assez simple à saisir. Nous savons tous faire une hypothèse : nous nous servons le plus souvent de l'expression « si... alors ». Si deux droites sont parallèles, alors la sécante qui rencontre ces parallèles forme des angles alternes internes égaux. Les mathématiciens utilisent continuellement ce mode de raisonnement ; le physicien aussi, comme nous l'avons vu plus haut dans le chapitre de la science : si c'est la pression atmosphérique qui équilibre la colonne de mercure, alors la colonne de mercure doit être plus haute au bas d'une montagne qu'au sommet. L'hypothèse et ses conséquences permettent d'établir une logique, d'aboutir à une intelligibilité du discours et des phénomènes dont le discours veut rendre compte. Mais pour Platon, il faut dépasser cette démarche, il faut atteindre des principes anhypothétiques. En effet, s'il suffit de formuler des hypothèses et de les mettre à l'épreuve de la logique et de l'expérience pour établir des connaissances scientifiques, cela ne suffit pas pour fonder ces connaissances en vérité. Pour Platon ce sont les principes anhypothétiques qui permettent de faire des hypothèses. L'hypothèse est comparable à la lune, éclairée par le soleil, mais ne produisant pas sa propre lumière. C'est donc au Bien (le soleil dans l'Allégorie de la caverne) qu'il faut revenir, c'est de lui que tout découle, que tout vient à exister. Au-delà de toutes les hypothèses, il y a, en effet, un principe qui assure le fonctionnement même de l'hypothèse. L'hypothèse et ses conséquences ne peuvent être vraies que si elles sont cohérentes avec la réalité. Autrement dit, il faut une réalité de la cohérence pour que l'hypothèse et ses conséquences ne soient pas un discours vide. La notion d'ordre est donc antérieure à tout raisonnement, elle est nécessaire à la formulation de toute hypothèse. Si l'univers n'est que chaos, on ne voit pas pourquoi la logique de l'hypothèse et de ses conséquences pourrait avoir une quelconque validité. Le problème n'est pas simple. On le retrouve chez Descartes et chez Kant posé d'une manière différente. Pour Platon, le fait qu'il y ait raisonnement chez l'homme impose l'existence d'un principe premier qui rend possible ce raisonnement. Cette « Idée des Idées » est, en effet, présente dans toute démarche intellectuelle, et seule une telle démarche permet d'échapper à l'univers d'ombres dans lequel nous nous trouvons situés. Cette Idée du Bien n'illumine pas seulement le domaine de la connaissance, mais aussi tout le domaine de l'action. En effet, l'Allégorie de la caverne prend place dans La République qui est recherche d'une politique authentique.

























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1 Quand le terme « Idée » est utilisé dans le sens platonicien, le mot prend toujours une majuscule. On écrit « une Idée platonicienne ».

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Dernière modification le : 16/09/2019 @ 19:22
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